Skip to main content

Comment déterminer les besoins de financement d'un projet ?

Déterminer avec précision les besoins de financement est une étape cruciale pour la réussite de tout projet. Une évaluation rigoureuse permet d'éviter les déficits et de convaincre les investisseurs. Ce guide détaille les méthodes et outils pour chiffrer ces besoins en toute fiabilité.

Avant de se lancer, comment déterminer les besoins de financement d'un projet ?

Pour tout chef de projet, déterminer les besoins de financement d’un projet constitue une étape cruciale qui conditionne la viabilité même de l’initiative. Il ne s’agit pas simplement d’additionner des coûts estimés dans un tableur, mais de construire un raisonnement financier solide à partir de la ligne de base des coûts, des obligations contractuelles et des imprévus que la direction accepte de couvrir. Cette démarche aboutit à deux chiffres complémentaires : le montant total des fonds nécessaires et le rythme auquel ces fonds doivent être rendus disponibles tout au long de la vie du projet. Ignorer l’un ou l’autre de ces aspects expose immanquablement à des ruptures de trésorerie, à des arrêts de chantier ou à des renégociations douloureuses avec les instances de financement.

Tableau récapitulatif des besoins de financement

Aspect clé Points essentiels
Logique budgétaire Construire un budget ne consiste pas à additionner des coûts estimés, mais à élaborer une logique financière fondée sur la référence de coûts initiale, les obligations contractuelles et les aléas couverts par la direction.
Indicateurs de pilotage Cette approche détermine les deux grandeurs qui pilotent la trésorerie du projet : le financement total requis et le calendrier de mise à disposition progressive des fonds.
Risques d’une budgétisation incomplète Négliger ces dimensions expose le projet à des ruptures de trésorerie, des arrêts de chantier et des renégociations difficiles avec les bailleurs de fonds.
Postes de coûts Le budget couvre tous les postes : salaires, acquisitions d’équipements, sous-traitance, retenues de garantie, pénalités de retard et provisions pour reprises.
Ligne de base des coûts Elle incorpore uniquement les provisions pour risques identifiés, à l’exclusion de la réserve de gestion destinée aux aléas non encore détectés.
Obligations différées Une revue contractuelle minutieuse permet d’identifier les obligations latentes : maintenance sous garantie, coûts de stockage et indemnités de résiliation anticipée.
Provisions précoces Les provisions pour obligations futures, comme les travaux de reprise de façade couverts par la garantie décennale, doivent être intégrées aux besoins de financement dès l’origine.
Profil de trésorerie Le diagramme des besoins périodiques présente des paliers alignés sur les appels de fonds du sponsor, typiquement 30 % à la signature, 40 % à un jalon clé et le solde à la réception.

Le socle de la détermination des besoins de financement : la ligne de base des coûts

La ligne de base des coûts représente bien plus qu’un budget figé. Elle agrège, par période, l’ensemble des dépenses projetées et des engagements financiers prévisibles, y compris les passifs anticipés. Concrètement, on y trouve les salaires des ressources internes et externes, les achats d’équipements, les prestations de sous-traitance, mais aussi des éléments moins immédiats comme les retenues de garantie, les clauses de pénalités de retard éventuelles ou les provisions pour travaux de reprise. Ces passifs, bien qu’ils ne se traduisent pas par un décaissement immédiat, créent une obligation certaine qui grèvera la trésorerie future du projet. Leur omission dans le calcul des besoins de financement conduit à sous-estimer dangereusement l’enveloppe globale.

Dans la pratique, l’élaboration de cette ligne de base s’appuie sur l’estimation des coûts des lots de travaux et sur le séquencement des activités. Le gestionnaire de projet, en coordination avec le contrôleur de coûts, ventile chaque dépense dans le temps en fonction du planning prévisionnel. Le résultat prend souvent la forme d’une courbe en S cumulée, qui montre comment les ressources sont consommées période après période. C’est à partir de cette courbe que l’on extrait les besoins de financement globaux, avant même d’y superposer les réserves de gestion. On parle parfois de budget de référence, mais attention : la ligne de base des coûts inclut uniquement les réserves pour imprévus liées aux risques identifiés, pas les réserves de gestion destinées aux aléas inconnus.

Un projet de construction d’un immeuble de bureaux illustre bien ce mécanisme. La ligne de base intégrera les contrats de gros œuvre, les honoraires d’architecte, les lots techniques, mais également une estimation documentée des coûts de correction de réserves après la réception provisoire. Si le maître d’ouvrage s’attend à devoir effectuer des reprises de façade pendant la période de garantie décennale, ces montants, même provisionnés pour dans deux ans, font partie des besoins de financement dès le départ. Les ignorer reviendrait à croire que le projet se termine le jour de la livraison, ce qui n’est presque jamais le cas.

La solidité de la ligne de base dépend donc de la qualité des estimations et de l’identification précoce de tous les passifs, y compris ceux qui relèvent de clauses contractuelles complexes. Les chefs de projet expérimentés passent en revue l’intégralité des contrats fournisseurs et des accords de partenariat pour y débusquer des obligations différées : maintenance sous garantie, frais de stockage, indemnités de résiliation anticipée. Chacune de ces rubriques alourdit le besoin de financement total sans se matérialiser immédiatement dans le compte de résultat du projet. C’est précisément cette vision élargie qui distingue un plan de financement crédible d’un simple exercice comptable.

Synthèse de la ligne de base

Agrégat périodique des coûts et passifs
La ligne de base des coûts regroupe, pour chaque période, les dépenses planifiées et les engagements financiers, en incluant les passifs anticipés qui impacteront la trésorerie du projet.
Exclusion des réserves de gestion
Seules les réserves pour imprévus couvrant des risques identifiés sont intégrées, les réserves de gestion dédiées aux aléas inconnus en étant strictement exclues.
Revue exhaustive des contrats
L'analyse systématique de l'ensemble des contrats et accords permet de répertorier les obligations différées, telles que les engagements de maintenance sous garantie ou les indemnités de résiliation, et de les inclure dans la ligne de base.

Intégrer les réserves de gestion pour déterminer le financement total

Lorsque l’on additionne la ligne de base des coûts et l’ensemble des réserves de gestion, on obtient le financement total du projet tel qu’il doit être présenté aux décideurs. Les réserves de gestion ne font pas partie du budget opérationnel courant que le chef de projet peut engager librement; elles restent sous le contrôle de la direction ou du comité de pilotage pour faire face à des risques totalement imprévus. En matière de besoin de financement, ces montants ne sont pas optionnels : ils doivent être inclus dans l’enveloppe globale, faute de quoi le projet risque de se retrouver à sec dès qu’un événement majeur survient.

Cette distinction entre ligne de base et réserve de gestion est souvent source de confusion. Nombreux sont les professionnels qui pensent que le financement nécessaire se limite aux coûts estimés plus une petite marge pour aléas. En réalité, la pratique veut que le montant total des fonds requis englobe explicitement les réserves de gestion, même si celles-ci ne sont pas ventilées par période de manière aussi fine que la ligne de base. Une direction qui approuve un budget sans ces réserves prend le risque de devoir voter des rallonges budgétaires répétitives, ce qui érode la crédibilité du projet et ralentit les prises de décision.

Le mécanisme est simple en théorie, plus délicat en exécution. Les réserves de gestion ne sont pas consommées linéairement ; elles sont actionnées ponctuellement, sur décision formelle, et leur usage s’accompagne le plus souvent d’un transfert vers le budget opérationnel via un ordre de modification. Du point de vue du besoin de financement, cela signifie que l’enveloppe totale doit être sécurisée dès le lancement, même si les fonds correspondants ne sont pas immédiatement débloqués. La trésorerie du projet, elle, peut n’en recevoir qu’une fraction au moment opportun. C’est ce décalage qui impose de disposer d’un profil de décaissement clair, pas seulement d’un montant global.

Pour illustrer ce principe sans recourir à des données inventées, prenons le cas générique d’un projet de déploiement d’un ERP dans plusieurs filiales. La ligne de base couvre les licences, l’intégration, la formation, le support post-go-live. Une réserve de gestion de 10 % du coût de base est constituée pour pallier d’éventuelles incompatibilités techniques non détectées lors des tests. Le financement total demandé au comité exécutif inclut ces 10 %, même si personne n’espère les consommer entièrement. Dès lors, le chiffre présenté dans le dossier de lancement est plus élevé que le simple cumul des devis, ce qui peut surprendre, mais c’est la seule manière honnête de budgéter une initiative complexe.

Les besoins de financement périodiques et leur profil en escalier

Une fois que l’on connaît le montant total à réunir, il faut préciser les besoins de financement périodiques, c’est-à-dire les sommes qui devront être versées mois après mois, trimestre après trimestre, ou à chaque jalon majeur. Ces montants ne sont pas continus. Les fonds sont rarement débloqués de manière régulière comme un salaire ; ils surviennent par paliers, en fonction de l’avancement ou des cycles budgétaires de l’organisation. Sur un graphique, cela se traduit par une courbe en escalier, avec des marches plus ou moins hautes qui coïncident avec les moments où l’organisme financeur accepte de libérer une nouvelle tranche.

Pour déterminer ces flux, on part de la courbe en S de la ligne de base des coûts, qui représente la dépense cumulée planifiée. On superpose ensuite le profil de décaissement négocié avec les financeurs. Si le sponsor s’engage à verser 30 % du budget à la signature, 40 % au premier jalon intermédiaire et le solde à la réception définitive, le graphique des besoins de financement périodiques affichera trois paliers distincts. Entre ces paliers, la dépense continue de croître, mais les fonds disponibles restent constants ; le chef de projet doit alors veiller à ce que la trésorerie ne passe jamais en dessous de zéro, sous peine de paralysie.

Ce fonctionnement par paliers génère un écart visible entre la courbe de dépenses et celle des financements. Tant que les paliers se situent au-dessus de la courbe de coûts cumulés, la trésorerie du projet reste positive. Si un palier tarde à arriver, ou si les dépenses accélèrent de manière imprévue, l’écart se réduit jusqu’à un éventuel croisement, signalant un besoin de financement non couvert. Les tableaux de bord projets intègrent souvent ce graphique à deux courbes pour alerter à l’avance sur les tensions de liquidité. C’est un outil de pilotage aussi précieux que le diagramme de Gantt, bien qu’il soit moins mis en avant dans les formations initiales.

Le caractère discontinu des apports de fonds explique pourquoi les directeurs de projet insistent pour négocier des tranches suffisamment rapprochées et pour conserver un volant de trésorerie de sécurité. Dans les projets publics, où les financements sont liés à des exercices budgétaires annuels, on observe souvent un arrêt des paiements en fin d’année, suivi d’un redémarrage en janvier. Anticiper ces coupures et lisser les dépenses en conséquence fait partie intégrante d’une saine gestion des besoins de financement. Sans cette anticipation, même un projet rentable sur le papier peut se retrouver en situation de cessation de paiement temporaire.

Synthèse : Financement par paliers

Décaissement en escalier irrégulier
Les besoins de financement ne sont pas couverts en continu : chaque palier de déblocage est conditionné par un jalon d’avancement ou par l’ouverture d’un nouvel exercice budgétaire, ce qui façonne un profil de trésorerie en escalier.
Risque de croisement des courbes
Un versement de palier retardé ou une accélération imprévue des dépenses peut inverser l’équilibre entre ressources et emplois : la courbe des appels de fonds passe alors en dessous de celle des coûts, révélant un besoin de financement non couvert.
Négociation et trésorerie de sécurité
Pour parer aux ruptures de trésorerie, les directeurs de projet négocient des échéances de paliers plus rapprochées et maintiennent un volant de liquidités de précaution, particulièrement en fin d’exercice budgétaire où les délais de versement s’accentuent.

Les pièges à éviter lorsqu’on détermine les besoins de financement

Parmi les erreurs classiques d’estimation, la plus répandue consiste à confondre la ligne de base des coûts avec le budget à financer. Comme évoqué, le financement total doit inclure les réserves de gestion, mais aussi tenir compte des décalages temporels et des frais financiers lorsque le projet mobilise des emprunts. Un chef de projet qui annonce au comité de direction « le projet coûte 1,5 million, donc voilà ce qu’il faut débloquer » sans expliquer le profil d’appel de fonds et la couverture des risques fait preuve d’un optimisme dangereux qui sera sanctionné tôt ou tard.

Un autre écueil fréquent est l’oubli des passifs contractuels dans la ligne de base elle-même. Les contrats de service, les engagements de performance, les cautions bancaires exigées par le client sont autant d’éléments qui grèvent la trésorerie future sans apparaître immédiatement comme une dépense directe du chantier. Tant que ces obligations ne sont pas intégrées au calcul des besoins de financement périodiques, le projet avance avec une image fausse de sa santé financière. Le jour où la garantie est actionnée ou la caution appelée, la trésorerie subit un choc non provisionné.

Le suivi budgétaire traditionnel, focalisé sur l’écart entre le réalisé et le budgété, peut masquer ces dérapages de financement. Une chose est de respecter l’enveloppe, une autre est de disposer des liquidités au bon moment. On voit ainsi des projets « dans les coûts » mais complètement à sec, les fournisseurs impayés et les équipes démobilisées. Cette distinction entre gestion des coûts et gestion de la trésorerie n’est pas toujours enseignée avec assez d’insistance, ce qui conduit nombre de praticiens à négliger la chronique des décaissements réels par rapport aux décaissements planifiés.

Enfin, la tentation de lisser arbitrairement les besoins de financement périodiques pour les faire coïncider avec les enveloppes budgétaires annuelles de l’entreprise constitue une erreur de pilotage majeure. Forcer un étalement artificiel sans rapport avec la réalité des travaux ne fait que déplacer le problème : le pic de dépenses surviendra malgré tout, et l’organisation se retrouvera avec une insuffisance de trésorerie au pire moment. La transparence avec les financeurs, appuyée sur un profil en escalier argumenté à l’aide de la ligne de base, demeure la seule approche défendable.

L’influence du calendrier et des jalons sur les profils de financement

La ventilation des besoins de financement est indissociable du calendrier du projet. Les dates de début des grandes phases, les livraisons intermédiaires et les réceptions conditionnent directement le moment où l’argent doit être disponible. Dans un projet de développement logiciel, par exemple, les principaux décaissements concentrés sur les premiers sprints peuvent correspondre à l’achat d’infrastructures et au recrutement de compétences pointues, tandis que les derniers mois ne mobilisent qu’une équipe réduite. L’anticiper permet de négocier des appels de fonds plus importants en début de projet, pour couvrir cette phase d’investissement massif.

Les jalons contractuels, qu’ils soient de type « fin de conception détaillée » ou « recette usine », servent souvent de déclencheurs pour les versements du maître d’ouvrage vers le titulaire. La détermination des besoins de financement périodiques doit donc s’appuyer sur une lecture précise du plan de management du projet et des clauses de paiement du contrat. Si un paiement de 20 % est prévu à l’issue de la mise en service à froid, mais que cette étape est repoussée de deux mois, la trésorerie du projet encaisse un retard qui doit avoir été intégré dans un scénario pessimiste du plan de financement.

Sans aller jusqu’à bâtir des modèles probabilistes complexes, une simple analyse de sensibilité sur les dates clés permet d’identifier les périodes de fragilité. On peut ainsi simuler l’effet d’un glissement de trois semaines d’un jalon de paiement et mesurer de combien le besoin de financement maximal augmente. Cette approche conduit parfois à demander des réserves de trésorerie supplémentaires, distinctes des réserves de gestion, pour couvrir le risque de retard de versement. Les banques, quand elles interviennent, exigent d’ailleurs ce type de scénario.

Le séquencement des dépenses lui-même mérite une attention particulière. Un chef de projet avisé évitera, dans la mesure du possible, de concentrer trop de commandes sur une courte période si les financements sont attendus plus tard. Il cherchera à aligner les signatures de contrats avec les encaissements planifiés, quitte à décaler certaines activités non critiques. Cette souplesse dans l’ordonnancement, permise par la marge libre des tâches, illustre combien le planning et les besoins de financement sont imbriqués. Les deux plans, celui du temps et celui de l’argent, doivent rester cohérents en permanence.

Points clés : calendrier et financement

Calendrier dictant les décaissements
Le calendrier des phases, des livraisons intermédiaires et des réceptions conditionne les besoins de trésorerie, en particulier dans les phases initiales où se concentrent les investissements lourds, à l’image des premiers sprints d’un projet logiciel qui mobilisent achats d’infrastructure et recrutements.
Jalons contractuels déclencheurs de versements
La validation de jalons, tels que la fin de la conception détaillée ou la recette en usine, conditionne le versement des paiements par le maître d’ouvrage. Cette mécanique exige une analyse rigoureuse du plan de management et des clauses contractuelles pour sécuriser les flux de trésorerie.
Retards de jalons et trésorerie
Le report de deux mois d’un jalon conditionnant 20 % du paiement, par exemple la mise en service à froid, engendre un décalage de trésorerie qu’il faut intégrer dans un scénario pessimiste du plan de financement.
Anticipation des périodes fragiles
Une analyse de sensibilité appliquée aux dates clés révèle les périodes de fragilité et justifie la constitution de réserves de trésorerie spécifiques, indépendantes des réserves de gestion, afin d’absorber les retards de versement.

Approches méthodologiques pour un plan de financement robuste

L’élaboration d’un plan de financement solide repose sur une combinaison de techniques de gestion de projet et de bon sens financier. Dans le cadre du PMBOK, le processus « Déterminer le budget » rassemble les estimations de coûts des activités, la charte de projet, l’échéancier et les données sur les risques pour produire la ligne de base des coûts et le document des besoins de financement du projet. Ce dernier n’est pas un simple tableau de chiffres ; il décrit le montant total des fonds requis, la périodicité des décaissements attendus, les sources de financement identifiées et les hypothèses retenues.

En contexte prédictif, la logique veut que l’on appuie chaque demande de fonds sur le coût budgété du travail prévu pour la période. Avec des méthodes agiles, la nature itérative et incrémentale modifie le paysage. Le financement peut être alloué par incrément pour couvrir un certain nombre d’itérations, sur la base de la vélocité de l’équipe et du coût de celle-ci. Le pilotage de l’enveloppe s’effectue alors à l’échelle de la release, avec une réévaluation régulière. Dans les deux cas, la notion de ligne de base et de réserves de gestion demeure, mais le degré de détail temporel diffère.

Quelle que soit l’approche, la clé réside dans la réconciliation entre les financements disponibles et les limites de trésorerie. Les organisations imposent fréquemment des contraintes de financement par période, par exemple un plafond mensuel de décaissement. Le chef de projet doit alors comparer ses besoins périodiques au plafond autorisé et, si nécessaire, lisser les pointes en reprogrammant certaines dépenses. Les logiciels de gestion de projets intègrent de plus en plus des fonctions de lissage de la charge financière, qui ajustent le planning en fonction des contraintes budgétaires plutôt que des seules ressources humaines.

Un autre levier consiste à allouer une partie des réserves de gestion dès le début du projet sous forme de ligne de trésorerie dormante. Cette somme n’est pas dépensée, mais elle est mobilisable en cas d’écart temporaire entre les décaissements et les encaissements. Cette pratique, courante dans les grands projets d’infrastructure, transforme une réserve financière en instrument de fluidité. Elle rappelle que le financement d’un projet ne se résume pas à un chiffre global, mais à une gestion active de la liquidité, pilotée de concert par le chef de projet et la direction financière.

Trop d’organisations considèrent encore que la détermination des besoins de financement relève exclusivement de la compétence du contrôle de gestion. En réalité, cette activité exige une compréhension intime du projet lui-même : sa durée probable, ses risques, ses engagements juridiques. Sans cette compréhension, le plus rigoureux des tableaux financiers reste aveugle aux aléas opérationnels qui transformeraient une marge confortable en gouffre. Les meilleures pratiques consistent à faire travailler ensemble le chef de projet, le sponsor, le contrôleur de coûts et le responsable des achats, de manière à construire un plan de financement qui soit à la fois réaliste et accepté par toutes les parties prenantes.

Frequently Asked Questions

Qu’est-ce que la ligne de base des coûts et pourquoi constitue-t-elle le socle du calcul des besoins de financement ?

La ligne de base des coûts est le budget opérationnel du projet réparti dans le temps, qui agrège l’ensemble des dépenses projetées et des obligations financières prévisibles. Elle ne se limite pas aux salaires, aux achats d’équipements et aux prestations externes. Elle intègre également les passifs anticipés, comme les retenues de garantie, les clauses de pénalités contractuelles ou les provisions pour travaux de reprise après réception.

Ces éléments, bien qu’ils ne donnent pas lieu à un décaissement immédiat, représentent une charge future certaine qui pèsera sur la trésorerie du projet. En structurant ces coûts par période selon le planning des activités, on obtient une courbe en S cumulée qui montre la consommation prévisionnelle des ressources. C’est cette représentation qui sert de socle au calcul des besoins de financement.

Elle permet de visualiser le montant total des fonds nécessaires et, surtout, le rythme auquel ils devront être disponibles. Sans une ligne de base rigoureusement élaborée, le chef de projet sous-estime inévitablement les sommes à mobiliser et s’expose à des ruptures de trésorerie, car des engagements non provisionnés apparaîtront au fil de l’avancement. La ligne de base inclut également les réserves pour imprévus liées aux risques identifiés, mais exclut la réserve de gestion pour aléas inconnus.

C’est donc un document vivant, reflet d’une analyse fine des contrats et du cycle de vie du projet, qui conditionne la crédibilité du dossier de financement auprès de la direction ou des parties prenantes.

Comment intégrer les réserves de gestion et les provisions pour risques dans l’estimation des besoins financiers du projet ?

L’intégration des réserves et des provisions dans les besoins de financement exige une distinction claire entre deux catégories. Les réserves pour imprévus, ou contingences, sont directement liées aux risques identifiés et quantifiés dans le registre des risques. Elles sont estimées à partir d’une analyse probabiliste et ajoutées à la ligne de base des coûts, ce qui signifie qu’elles font partie intégrante du financement total à obtenir.

Les réserves de gestion, en revanche, couvrent les aléas imprévus, c’est-à-dire les inconnues qui n’ont pu être anticipées. Elles ne sont pas incluses dans la ligne de base des coûts mais apparaissent dans le besoin de financement global , l'estimation à l'achèvement , comme une enveloppe supplémentaire, souvent exprimée en pourcentage du budget ou en montant forfaitaire, et restent sous le contrôle de la direction.

Pour déterminer le financement total, on additionne donc la ligne de base incluant les contingences et la réserve de gestion. Il est crucial de ne pas confondre leur rôle : les premières sont des provisions pour des risques connus que le chef de projet peut engager, tandis que la seconde constitue un tampon stratégique que seule la gouvernance peut libérer. Négliger cette double couche conduit à un financement sous-évalué qui menace la continuité du projet dès l’apparition d’un aléa imprévu.

L’estimation doit donc être transparente, documentée et validée par les instances dirigeantes.

De quelle manière le séquencement des dépenses influence-t-il le plan de financement et la prévision de trésorerie ?

Le séquencement des dépenses détermine le profil temporel de la consommation des fonds, ce qui est aussi important que le montant total requis. À partir de la ligne de base des coûts ventilée par période, on construit une courbe de trésorerie qui indique, mois par mois ou trimestre par trimestre, les décaissements prévisionnels. Cette projection révèle les pics de besoin et les périodes de cadence ralentie, permettant d’ajuster les appels de fonds ou les demandes de crédit pour éviter les excédents inutiles et les tensions de liquidité.

Si le financement est débloqué de manière uniforme alors que les dépenses sont concentrées sur quelques phases clés, le projet risque de se trouver à court de liquidités à un moment critique, entraînant des retards ou des pénalités. À l’inverse, un financement trop avancé génère des coûts d’immobilisation de capital. Le chef de projet doit donc synchroniser le plan de financement avec le planning opérationnel, en tenant compte non seulement des factures des fournisseurs, mais aussi des décaissements différés comme les retenues de garantie ou les pénalités.

Une technique courante consiste à superposer à la courbe en S des coûts cumulés une courbe des encaissements prévisionnels pour visualiser le solde de trésorerie net. Cette analyse met en évidence les besoins de fonds de roulement projet et justifie la négociation d’une ligne de crédit flexible ou d’un échéancier de versements aligné sur les jalons du projet. Maîtriser ce séquencement, c’est garantir que chaque euro sera disponible au bon endroit et au bon moment.

Quels sont les coûts et passifs souvent oubliés qui peuvent fausser l’évaluation des besoins de financement d’un projet ?

De nombreux postes de dépenses ou passifs futurs sont régulièrement omis lors du premier chiffrage, ce qui conduit à une sous-estimation dangereuse des besoins de financement. Parmi les plus fréquents figurent les retenues de garantie, ces sommes prélevées sur les factures des entrepreneurs et bloquées jusqu’à la levée des réserves. Même si elles ne sont pas décaissées immédiatement, elles représentent une sortie de fonds certaine à une échéance connue et doivent être intégrées dans le plan de trésorerie.

Les clauses de pénalités de retard, bien qu’hypothétiques, constituent un autre passif potentiel qu’il est prudent de provisionner sur la base de l’analyse des risques. Les coûts liés aux travaux de reprise ou de mise en conformité après la réception provisoire, souvent appelés coûts de correction de réserves, sont également sous-évalués. Dans le secteur de la construction, par exemple, un maître d’ouvrage doit provisionner les interventions prévisibles pendant la période de garantie décennale.

Les frais de mobilisation et de démobilisation des équipes, les coûts de formation des utilisateurs, les frais de documentation, les dépenses de gestion administrative prolongée après la clôture opérationnelle, ou encore les coûts de financement intercalaires, sont parfois négligés. Tous ces éléments créent des sorties de trésorerie différées qui, sans provision, obligent à solliciter des rallonges budgétaires en cours de projet. Pour fiabiliser le besoin de financement, il est indispensable de passer en revue chaque contrat, chaque clause et chaque phase du cycle de vie du projet, et de challenger les hypothèses avec les parties prenantes afin de n’omettre aucun engagement futur.

Additional resources:
×
Become a Certified Project Manager
$280   $130
FREE Online Mock Exam Become a Certified Manager